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La « grande santé » : repenser le bien-être

Pendant longtemps, la santé a été définie comme l’absence de maladie. Aujourd’hui, cette vision apparaît largement insuffisante. Fatigue chronique, stress, anxiété, troubles psychosomatiques ou sentiment de mal-être touchent de nombreuses personnes… sans qu’aucune pathologie clairement identifiable ne soit diagnostiquée.

C’est dans ce contexte qu’émerge une approche plus globale et plus humaine : la grande santé, soutenue par le modèle biopsychosocial. Une vision qui réconcilie le corps, l’esprit et l’environnement, et qui ouvre des pistes concrètes pour mieux vivre, même face aux difficultés. Cet article fait référence au webinaire de la Maison des Sagesses, animé par Christophe André.


La grande santé : un idéal accessible et rassurant

Le concept de grande santé, emprunté à Nietzsche, ne désigne pas un état de perfection ou d’euphorie permanente. Bien au contraire.
Il s’agit de la capacité à goûter la vie, à s’y engager pleinement, malgré les épreuves physiques, psychiques ou sociales.

Cette approche tranche avec la définition de l’Organisation mondiale de la santé, qui décrit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Si inspirante soit-elle, cette définition peut devenir anxiogène : qui peut réellement se dire en « complet bien-être » en permanence ?

La grande santé propose une alternative plus réaliste :
👉 la santé comme un équilibre dynamique, parfois fragile, mais toujours perfectible.


Pourquoi les définitions classiques de la santé montrent leurs limites

Deux définitions historiques illustrent bien les paradoxes de notre rapport à la santé :

  • « La vie dans le silence des organes » (René Leriche)
    Poétique, mais trompeuse : certaines maladies graves (diabète, hypertension) évoluent longtemps sans symptôme.
  • « Un état de complet bien-être » (OMS)
    Trop idéaliste, cette définition peut créer une pression permanente à aller « toujours mieux ».

Résultat : la santé devient une fin en soi, au lieu d’être un moyen au service de nos projets de vie.


Quand la quête de santé parfaite rend… malade

Notre société valorise fortement la performance, le contrôle et l’optimisation du corps. Cette pression peut conduire à de nouvelles formes de souffrance psychologique :

  • Hypocondrie : conviction persistante d’être malade malgré des examens rassurants
  • Anxiété de la maladie : peur constante de tomber malade
  • Orthorexie : obsession de manger « parfaitement sain »
  • Bigorexie : obsession du développement musculaire

Ces troubles montrent un paradoxe fondamental :
👉 vouloir trop bien faire pour sa santé peut finir par l’altérer.


La maladie comme expérience et révélateur de sens

La maladie n’est pas seulement une défaillance biologique. Elle est aussi une expérience existentielle, souvent accompagnée d’émotions intenses : peur, tristesse, colère, honte.

Elle rappelle une vérité simple mais profonde :

« La santé est une couronne sur la tête des bien portants que seuls les malades peuvent voir. »

Se sentir réellement guéri implique alors trois dimensions complémentaires :

  1. Guérison médicale : disparition ou stabilisation des symptômes
  2. Guérison psychologique : ne plus se vivre comme une personne malade
  3. Guérison sociale : être reconnu comme guéri par son entourage

Sans ces trois niveaux, le sentiment de rétablissement reste incomplet.


Le modèle biopsychosocial : une clé de compréhension essentielle

Le modèle biopsychosocial permet de mieux comprendre l’origine des maladies… mais aussi les leviers de la santé.

Il repose sur trois dimensions indissociables :

1. Les facteurs biologiques

  • Gènes de vulnérabilité
  • Terrain physiologique
  • Inflammation, immunité, hormones

👉 Nous n’héritons pas toujours de maladies, mais souvent de prédispositions.

2. Les facteurs psychologiques

  • Stress chronique
  • Traumatismes passés
  • Gestion des émotions

Le stress agit comme un grand aggravateur, perturbant l’immunité et favorisant de nombreuses pathologies.

3. Les facteurs sociaux

  • Environnement
  • Qualité des relations
  • Pollution (chimique… mais aussi numérique et sociale)

Bonne nouvelle : ce modèle est réversible.
Grâce à l’épigénétique, nos choix de vie peuvent influencer l’expression de nos gènes.


Stress chronique : pourquoi il menace directement la santé

Le stress n’est pas qu’un inconfort psychologique. Il agit profondément sur le corps :

  • Suractivation du cortisol
  • Affaiblissement du système immunitaire
  • Inflammation chronique
  • Altération du sommeil et de la concentration

Il nous pousse aussi à céder à l’urgence, au détriment de l’essentiel : nos valeurs, nos relations, notre santé à long terme.

Les trois axes de la gestion du stress

  1. Identifier et modifier les stresseurs quand c’est possible
  2. Apaiser la réaction de stress (respiration, relaxation, méditation)
  3. Renforcer les modérateurs de stress : sport, liens sociaux, plaisir, sens

Méditation : un entraînement du corps et de l’esprit

La méditation n’est ni une fuite ni une mode. C’est un entraînement mental validé scientifiquement, aux effets mesurables :

  • Diminution de l’inflammation
  • Meilleure réponse immunitaire
  • Baisse de la tension artérielle
  • Amélioration de la régulation émotionnelle

Elle agit en activant le système nerveux parasympathique, le « frein » naturel du stress.

Même quelques minutes par jour peuvent produire des bénéfices durables.


Psychologie positive : cultiver ce qui protège

La psychologie positive ne nie pas la souffrance. Elle cherche à comprendre ce qui rend les individus plus résilients.

Les émotions positives – gratitude, bienveillance, joie – ont un impact biologique réel :

  • Elles réduisent le stress
  • Favorisent la récupération
  • Sont associées à une plus grande longévité

Prendre conscience d’un moment agréable le transforme en souvenir de bonheur, une véritable ressource mentale pour traverser les périodes difficiles.


Les piliers concrets de la grande santé

La salutogenèse – littéralement « la fabrication de la santé » – repose sur des piliers simples, accessibles et puissants :

🏃‍♀️ L’activité physique

Le facteur protecteur le plus puissant contre le déclin cognitif et les maladies chroniques.

🥗 L’alimentation

Privilégier les végétaux, réduire les protéines animales, soutenir le microbiote.

🌿 Le contact avec la nature

Même bref, il renforce l’immunité et réduit le stress.

🤝 Les liens sociaux

Un véritable « médicament » contre la solitude et la souffrance psychique.


En conclusion : la santé comme chemin, pas comme perfection

La grande santé n’est pas l’absence de difficultés.
C’est la capacité à vivre pleinement, à s’adapter, à prendre soin de soi dans toutes ses dimensions.

Le modèle biopsychosocial nous invite à changer de regard :
👉 moins de contrôle absolu,
👉 plus de conscience, d’équilibre et de sens.

Et si la vraie santé consistait simplement à rester vivant à la vie, quoi qu’il arrive ?

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